14.04.2026

Peut-on travailler le 1er mai ? Le guide complet de vos droits

Peut-on vous obliger à travailler le 1er mai ? Qui peut travailler le 1er mai et dans quelles conditions ? Quelle majoration de salaire devez-vous percevoir si vous travaillez ce jour-là ? Chaque année, ces questions reviennent pour des millions de salariés français. Le travail le 1er mai obéit à des règles très spécifiques en droit du travail français, car il s’agit du seul jour férié dont le chômage est imposé par la loi. Pourtant, des exceptions existent, notamment dans la restauration, la boulangerie ou pour les fleuristes, et il est essentiel de les connaître pour faire valoir vos droits. Dans ce guide complet, Auron Avocat vous explique tout ce que vous devez savoir sur le travail le 1er mai, de l’interdiction de travailler le 1er mai aux cas où votre employeur peut légalement vous le demander, en passant par la majoration salariale et les recours possibles.

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Le 1er mai : le seul jour férié obligatoirement chômé en France

Le droit du travail français reconnaît 11 jours fériés légaux (C. trav., art. L. 3133-1). Parmi ces 11 jours, le 1er mai occupe une place à part. Il est en effet le seul jour férié dont le chômage est obligatoire en application de la loi (C. trav., art. L. 3133-4).

Pourquoi le 1er mai est-il différent des autres jours fériés ?

Pour les 10 autres jours fériés (1er janvier, lundi de Pâques, 8 mai, Ascension, lundi de Pentecôte, 14 juillet, 15 août, 1er novembre, 11 novembre, 25 décembre), la détermination des jours fériés chômés relève de l’accord collectif applicable dans l’entreprise. Plus précisément, les jours fériés chômés sont fixés par accord d’entreprise ou d’établissement, ou à défaut par une convention ou un accord de branche (C. trav., art. L. 3133-3-1). En l’absence de tout accord, c’est l’employeur qui détermine lui-même les jours fériés chômés (C. trav., art. L. 3133-3-2).

Le 1er mai échappe à cette logique. Son caractère chômé n’est pas négociable : il s’impose à tous les employeurs, quelle que soit la taille de l’entreprise, le secteur d’activité ou les dispositions conventionnelles applicables.

En clair : sur les 11 jours fériés de l’année, seul le 1er mai est obligatoirement chômé par la loi. Pour les 10 autres jours fériés, c’est votre accord d’entreprise, votre convention collective ou, à défaut, votre employeur qui décide si vous travaillez ou non.

Que signifie concrètement “jour férié chômé” ?

Un jour férié chômé signifie que les salariés ne travaillent pas ce jour-là, sans que cette absence puisse entraîner une perte de salaire. Le principe est clair : le chômage du 1er mai ne peut être une cause de réduction de salaire (C. trav., art. L. 3133-5, al. 1). Le salarié perçoit donc sa rémunération habituelle comme s’il avait travaillé normalement.

Le calcul de cette indemnité se fonde sur l’horaire et le salaire habituellement pratiqués dans l’établissement (C. trav., art. L. 3133-5, al. 1). L’indemnité est à la charge de l’employeur (C. trav., art. L. 3133-5, al. 2).

Peut-on obliger un salarié à travailler le 1er mai ?

“Peut-on travailler le 1er mai ?” est sans doute la question la plus recherchée par les salariés chaque année. La réponse est nuancée : en principe non, mais il existe une exception importante qu’il convient de bien comprendre.

Le principe : l’interdiction de travailler le 1er mai

La loi est formelle : le 1er mai est obligatoirement chômé. Il n’est en principe pas possible de faire travailler les salariés ce jour-là.

Contrairement aux autres jours fériés, un employeur ne peut pas décider unilatéralement de faire travailler ses salariés le 1er mai, même en présence d’un accord collectif ou d’une décision de branche. L’accord d’entreprise, la convention ou l’accord de branche ne prime pas sur l’accord de niveau inférieur s’agissant du 1er mai.

L’exception : les établissements qui ne peuvent pas interrompre leur activité

La seule exception concerne les établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail (C. trav., art. L. 3133-6). Sont typiquement concernés les transports, les hôpitaux et les établissements de soins (C. trav., art. L. 3133-6).

En clair : si vous travaillez dans un hôpital, une entreprise de transport ou tout autre établissement dont l’activité ne peut s’arrêter, votre employeur peut vous demander de travailler le 1er mai. Dans tous les autres cas, il ne peut pas vous y contraindre.

Le 1er mai : une journée de 0h00 à 24h00

La Cour de cassation a précisé que le 1er mai correspond à une date commémorative s’étendant de 0h00 à 24h00, sans qu’il puisse en être donné une définition variable selon les fonctions ou les horaires des salariés de l’entreprise (Cass. soc., 4 mars 2007, n°04-45.330 P).

Exemple : Marc est technicien de maintenance dans une usine qui fonctionne en continu. Il effectue un poste de nuit qui commence le 30 avril à 22h00 et se termine le 1er mai à 6h00. Les heures travaillées entre 0h00 et 6h00 le 1er mai doivent être rémunérées selon les règles spécifiques au 1er mai (double rémunération), même si le poste a commencé la veille.

Les sanctions en cas de non-respect

L’employeur qui fait travailler des salariés le 1er mai en dehors des exceptions prévues par la loi s’expose à une amende de 4e classe (750 euros), applicable autant de fois qu’il y a de salariés concernés (C. trav., art. R. 3135-1). L’inspection du travail peut être saisie par les salariés en cas de manquement.

Qui peut travailler le 1er mai ? Boulangerie, restauration, fleuristes

La question “qui a le droit de travailler le 1er mai ?” revient chaque année, en particulier dans certains secteurs d’activité. La réponse dépend de la nature de l’établissement.

Travail le 1er mai en restauration

Le travail le 1er mai en restauration est possible lorsque l’établissement ne peut pas interrompre son activité en raison de la nature de ses services. Les restaurants, hôtels et cafés entrent dans cette catégorie dès lors qu’ils assurent un service continu au public. Les salariés de la restauration qui travaillent le 1er mai bénéficient de la majoration de 100 % prévue par la loi. L’article L. 3132-26 du Code du travail précise par ailleurs les règles applicables aux commerces de détail alimentaire de plus de 400 m² dans les établissements dans lesquels le repos hebdomadaire a lieu normalement le dimanche, par dérogation permanente ou de droit, dans les communes touristiques et les zones concernées (C. trav., art. L. 3132-26).

Travail le 1er mai en boulangerie

La boulangerie fait partie des commerces de détail alimentaire dont l’activité justifie une ouverture le 1er mai. Les boulangeries artisanales, en tant qu’établissements assurant la vente de produits alimentaires au public, peuvent fonctionner le 1er mai. Le salarié qui travaille dans une boulangerie le 1er mai a droit à une rémunération doublée.

La proposition de loi adoptée par l’Assemblée nationale le 12 janvier 2026 vise précisément à élargir et clarifier cette possibilité pour les commerces de détail alimentaire et les établissements de fabrication de produits alimentaires destinés à la consommation immédiate.

Les fleuristes peuvent-ils travailler le 1er mai ?

La question des fleuristes est spécifique au 1er mai, puisque cette date est traditionnellement associée à la vente de muguet. Les fleuristes peuvent travailler le 1er mai. La proposition de loi de janvier 2026 mentionne expressément la vente de fleurs naturelles parmi les activités pouvant déroger au principe du chômage du 1er mai, sur la base du volontariat du salarié.

En clair : si vous travaillez en restauration, en boulangerie ou chez un fleuriste, votre employeur peut vous demander de travailler le 1er mai. Vous bénéficiez alors d’une rémunération doublée. La proposition de loi de 2026 vise à mieux encadrer ces situations en exigeant le volontariat du salarié.

Quelle majoration de salaire pour le travail le 1er mai ?

C’est l’un des points les plus importants pour les salariés amenés à travailler le 1er mai. La loi prévoit une rémunération spécifique, plus favorable que pour les autres jours fériés.

Le principe : le salaire est doublé

Lorsque le salarié travaille le 1er mai dans un établissement autorisé à fonctionner ce jour-là, il a droit, en plus du salaire correspondant au travail accompli, à une indemnité égale au montant de ce salaire (C. trav., art. L. 3133-6). Concrètement, les heures de travail effectuées le 1er mai sont donc payées double.

Exemple : Julie est infirmière dans un hôpital. Son salaire horaire brut est de 18 euros. Si elle travaille 8 heures le 1er mai, elle percevra : 18 x 8 = 144 euros de salaire normal, plus 144 euros d’indemnité, soit un total de 288 euros bruts pour cette journée.

La majoration du 1er mai ne peut pas être remplacée par un repos

L’employeur ne peut pas décider d’accorder un repos en lieu et place de la majoration salariale du 1er mai (Cass. soc., 30 nov. 2004, n°02-45.785 P). Cette règle est d’une importance considérable : même si votre employeur vous propose un jour de repos compensateur, vous êtes en droit d’exiger le paiement de la majoration de 100 %.

De la même manière, une convention collective ne saurait substituer au doublement de la rémunération une autre forme de compensation (Cass. soc., 8 oct. 1996, n°92-44.057 et n°94-40.809 P).

En clair : si vous travaillez le 1er mai, vous devez percevoir un salaire doublé. Votre employeur ne peut pas remplacer cette majoration par un jour de repos, même si votre convention collective le prévoit.

Le cas particulier du 1er mai tombant un dimanche

En principe, on ne peut pas cumuler la majoration légale pour travail le 1er mai et l’indemnité conventionnelle pour travail du dimanche (Cass. soc., 1er déc. 1988, n°78-14.299 P). Toutefois, lorsque le 1er mai tombe un dimanche, la majoration de 100 % vient en plus de la rémunération normale du salarié.

Il convient néanmoins de vérifier les dispositions conventionnelles applicables. En effet, certaines majorations conventionnelles prévues pour le travail du dimanche ou des jours fériés peuvent se cumuler, si la convention collective le prévoit expressément. A défaut de disposition conventionnelle, il a été jugé que les établissements des départements où les jours fériés légaux sont obligatoirement chômés doivent verser au salarié qui travaille un jour férié qui est aussi un dimanche une majoration de salaire de 100 %, en application des dispositions prévues en cas de travail le 1er mai (Cass. soc., 17 sept. 2002, n°01-20.099 P).

Le calcul de la majoration : quelle base retenir ?

La majoration de 100 % pour travail le 1er mai doit prendre en compte le salaire de base du salarié. Concrètement, c’est la rémunération correspondant au travail habituellement pratiqué dans l’établissement qui sert de référence. La majoration pour travail effectif un jour férié doit être prise en compte pour le calcul de la prime annuelle des salariés, si celle-ci intègre les éléments de rémunération variable (Cass. soc., 14 déc. 2022, n°21-13.805 B).

Exemple : Thomas est ambulancier. Son salaire horaire brut est de 15 euros. Le 1er mai, il effectue 10 heures de travail. Sa rémunération pour cette journée sera de : 15 x 10 = 150 euros de salaire de base, plus 150 euros de majoration, soit 300 euros bruts au total. Si sa convention collective prévoit également une majoration pour travail du dimanche et que le 1er mai tombe un dimanche, il conviendra de vérifier si les deux majorations se cumulent.

Le 1er mai chômé : maintien de salaire et cas particuliers

Lorsque le salarié ne travaille pas le 1er mai (ce qui est la situation normale), il bénéficie d’un maintien de salaire. Mais plusieurs situations particulières méritent d’être examinées.

Le maintien de salaire le 1er mai chômé

Lorsque le 1er mai est chômé, le salarié ne doit subir aucune perte de salaire dès lors qu’il justifie d’une ancienneté minimale dans l’entreprise ou dans l’établissement (C. trav., art. L. 3133-5, al. 1). Il n’y a pas de condition d’ancienneté dans l’entreprise pour bénéficier du maintien de salaire le 1er mai, contrairement à ce qui est prévu pour les autres jours fériés. Cette règle est d’ordre public, c’est-à-dire que ni un accord d’entreprise, ni la convention collective, ni même un contrat de travail ne peuvent y déroger dans un sens défavorable au salarié.

Le calcul de l’indemnité prend en compte les heures supplémentaires que le salarié aurait dû effectuer le jour chômé. Si les primes de travail de nuit doivent être maintenues lorsque le salarié travaille habituellement de nuit, le 1er mai chômé doit intégrer cette composante (Cass. soc., 2017, n°15-17.364 P).

Le cas du salarié en CDD ou intérimaire

Les salariés en CDD bénéficient du chômage des jours fériés dans les mêmes conditions que les salariés en CDI (C. trav., art. L. 1242-14 et DRT, circ. 30 oct. 1990). Il en est de même pour les salariés intérimaires, puisque le chômage des jours fériés est considéré comme une des conditions de travail dans l’entreprise utilisatrice (Cass. soc., 18 mars 2008, n°07-40.189 P).

Les travailleurs intérimaires et les travailleurs à domicile ne sont pas privés du droit au paiement des jours fériés chômés (C. trav., art. L. 3133-5, al. 3), sauf accord collectif plus favorable. Les travailleurs temporaires bénéficient du paiement des jours fériés intervenant en cours de mission dans les mêmes conditions que les salariés de l’entreprise utilisatrice. Pour le personnel payé à l’heure, en l’absence de disposition légale, les heures chômées un jour férié sont payées au tarif normal, sans majoration (A. 31 mai 1946).

Exemple : Karim est intérimaire dans une usine agroalimentaire. Sa mission court du 15 avril au 15 mai 2026. Le 1er mai tombe pendant sa mission. Si l’usine est fermée ce jour-là, Karim bénéficie du maintien de sa rémunération, exactement comme les salariés permanents de l’entreprise. Si l’usine fonctionne le 1er mai et que Karim est amené à travailler, il perçoit une rémunération doublée dans les mêmes conditions.

Le cas du salarié à temps partiel

Le salarié à temps partiel bénéficie des mêmes droits que le salarié à temps complet en matière de jours fériés. Si le 1er mai tombe un jour où le salarié à temps partiel devait travailler, il bénéficie du maintien de sa rémunération. En revanche, si le 1er mai tombe un jour où il ne devait pas travailler selon son planning habituel, il ne peut prétendre à aucune indemnité complémentaire, sauf disposition conventionnelle contraire.

Exemple : Nadia travaille à temps partiel les lundis, mardis et mercredis. En 2026, le 1er mai tombe un vendredi. Comme elle ne travaille pas le vendredi, le 1er mai ne lui ouvre aucun droit à indemnité supplémentaire. Mais si le 1er mai était tombé un lundi, elle aurait bénéficié du maintien de sa rémunération correspondant à sa journée de travail habituelle du lundi.

Le 1er mai tombant un jour habituellement non travaillé

Si le 1er mai tombe un jour habituellement non travaillé par le salarié (par exemple un samedi pour un salarié travaillant du lundi au vendredi), le salarié ne bénéficie d’aucune indemnité particulière, sauf disposition conventionnelle ou usage contraire.

Exemple : Claire travaille du lundi au vendredi dans une entreprise de conseil. En 2026, le 1er mai tombe un vendredi. Elle bénéficie donc normalement du jour chômé avec maintien de salaire. Mais si elle avait été à temps partiel et ne travaillait pas le vendredi, le 1er mai tombant ce jour-là ne lui aurait ouvert aucun droit à indemnité supplémentaire, sauf disposition conventionnelle contraire.

Lorsque le 1er mai est chômé : pas de réduction de salaire

La loi est très claire sur ce point : le chômage du 1er mai ne peut pas constituer une cause de réduction de salaire. Quant aux heures de travail accomplies ce jour-là, elles sont payées au tarif normal, sauf disposition conventionnelle plus favorable (C. trav., art. L. 3133-5).

Les jours fériés chômés sont-ils récupérables ?

C’est une question fréquente qui se pose souvent en lien avec le 1er mai. Les heures de travail perdues par suite du chômage des jours fériés ne donnent pas lieu à récupération (C. trav., art. L. 3133-2). Ce principe est d’ordre public, ce qui signifie qu’il n’est pas possible d’y déroger.

L’interdiction de faire récupérer le 1er mai

Lorsqu’un jour férié est chômé au cours de la semaine, l’employeur ne peut pas exiger du salarié qu’il travaille un autre jour en remplacement. Il ne peut pas non plus déduire cette journée de ses congés ou de ses RTT. Le nombre d’heures à effectuer dans la semaine est simplement réduit d’autant, sans que le salarié ait à “rattraper” ces heures.

Une seule exception existe : elle concerne les récupérations prévues pour les heures perdues du fait d’un pont. Mais cette exception ne s’applique pas aux jours fériés chômés eux-mêmes.

Exemple : Antoine travaille 35 heures par semaine, réparties du lundi au vendredi. Le 1er mai tombe un jeudi. Son employeur lui demande de travailler le samedi suivant pour “compenser” la journée chômée du 1er mai. Antoine est parfaitement en droit de refuser : la récupération des jours fériés chômés est interdite par la loi (C. trav., art. L. 3133-2), et ce principe est d’ordre public.

En clair : si le 1er mai tombe un mercredi, votre employeur ne peut pas vous demander de travailler le samedi suivant pour “rattraper” cette journée. C’est interdit par la loi, et aucun accord collectif ne peut y déroger.

Peut-on poser une RTT ou une journée de solidarité le 1er mai ?

RTT et 1er mai

Les jours de repos acquis au titre d’un accord d’aménagement et de réduction du temps de travail ne peuvent pas être positionnés un jour férié chômé (Cass. soc., 11 juill. 2007, n°06-40.567 P). Cette règle est particulièrement importante pour les salariés soumis à un forfait jours, qui disposent de jours de RTT en contrepartie de leur mode d’organisation du temps de travail. Toutefois, pour le 1er mai, la jurisprudence a précisé que même si l’établissement est ouvert ce jour-là (dans les cas d’exception), le 1er mai ne peut pas être positionné comme un jour de RTT (Cass. soc., 11 juill. 2007, n°06-44.571 S).

Si l’employeur ne respecte pas cette règle, le salarié a droit à la récupération du jour chômé ou à une indemnité (Cass. soc., 20 nov. 2019, n°18-16.715 S).

Journée de solidarité et 1er mai

La loi permet de positionner la journée de solidarité sur un jour férié précédemment chômé, y compris sur le 1er mai. Cette possibilité est encadrée par un accord d’entreprise ou d’établissement, ou à défaut par convention ou accord de branche (C. trav., art. L. 3133-11). A défaut d’accord collectif, c’est l’employeur qui fixe les modalités de la journée de solidarité, après consultation du CSE (C. trav., art. L. 3133-12). Il convient également de vérifier les dispositions du règlement intérieur de l’entreprise sur ce point.

En clair : votre employeur peut, sous certaines conditions, positionner la journée de solidarité le 1er mai. Dans ce cas, vous travaillez le 1er mai au titre de la solidarité, mais cela doit avoir été prévu par un accord collectif ou décidé après consultation du CSE.

Situations particulières : congés, maladie et grève

Le 1er mai peut coïncider avec d’autres événements qui affectent le contrat de travail. Voici les règles applicables dans chaque situation.

Le 1er mai pendant les congés payés

Lorsque les congés sont décomptés en jours ouvrables, un jour férié non chômé dans l’entreprise est décompté comme un jour de congé payé. En revanche, s’il est chômé, il n’a pas à être décompté comme un congé payé, et il ne vient pas en réduction de la durée du congé. Le jour férié chômé doit être “neutralisé” dans le décompte des congés.

S’agissant du 1er mai, puisqu’il est obligatoirement chômé par la loi, il ne doit jamais être décompté comme un jour de congé payé. Si le 1er mai tombe pendant vos congés, votre congé est prolongé d’un jour ou son décompte est réduit d’un jour.

Le 1er mai pendant un congé maladie ou maternité

Lorsqu’un jour férié tombe pendant un congé maladie ou un congé maternité, il n’y a pas de changement de la rémunération. Il n’y a pas non plus de jour férié chômé à proprement parler, puisque la suspension du contrat de travail empêche la question de se poser.

Le 1er mai et le droit de grève

Pendant une période de grève, les jours fériés chômés ne sont pas payés aux salariés qui continuent l’exercice de leur droit de grève. Le salarié gréviste ne peut prétendre à la rémunération du jour férié (Cass. soc., 24 juin 1998, n°96-41.634 P). Toutefois, le salarié qui n’est pas gréviste mais dont le mouvement de grève l’empêche de travailler ne peut être considéré comme étant en grève. Il peut prétendre au paiement de sa journée, sauf si l’employeur peut démontrer que cette situation compromet l’exécution du contrat de travail (Cass. soc., 19 déc. 2007, n°06-44.266).

Le 1er mai coïncidant avec un jour de repos hebdomadaire

L’employeur n’a aucune obligation légale d’accorder une compensation ou un repos en remplacement d’un jour de repos qui coïncide avec un jour férié. La clause d’une convention collective qui utilise un jour de congé supplémentaire aux salariés lorsque le jour de repos coïncide avec un jour férié n’est pas à interpréter comme visant le jour de repos hebdomadaire.

Vers un assouplissement des règles du travail le 1er mai ?

La proposition de loi adoptée en janvier 2026

Une proposition de loi a été adoptée par le Sénat le 3 juillet 2025, puis par l’Assemblée nationale le 12 janvier 2026, en vue d’assouplir la possibilité de déroger au principe du chômage du 1er mai. Cette proposition vise à élargir le périmètre des établissements autorisés à fonctionner le 1er mai.

Seraient notamment concernés les commerces de détail alimentaire, les établissements de fabrication de produits alimentaires destinés à la consommation immédiate, la vente de fleurs naturelles, ainsi que les activités culturelles, sportives et de loisirs.

Cet assouplissement serait encadré par plusieurs garanties : le travail le 1er mai reposerait sur le volontariat du salarié (accord donné par écrit), et le salarié bénéficierait, en plus du salaire correspondant au travail accompli et de l’indemnité égale au montant de ce salaire, d’une indemnité complémentaire.

En clair : si cette proposition de loi est définitivement adoptée, davantage de commerces et d’établissements pourront ouvrir le 1er mai, mais uniquement avec des salariés volontaires. Le principe du salaire doublé resterait maintenu.

La renonciation à la suppression de jours fériés

Il est utile de rappeler qu’en 2025, le gouvernement avait envisagé la suppression de deux jours fériés dans le cadre de mesures budgétaires. Un document de concertation avait été publié le 8 août 2025 (ordonnance n°19342 du 12 août 2025), proposant la suppression de 4,2 milliards d’euros de recettes supplémentaires. Cette proposition avait suscité une réaction très négative des organisations syndicales et patronales, et le Premier ministre Sébastien Lecornu avait finalement annoncé, le 16 septembre 2025, l’abandon du projet de réforme.

Le cas des salariés d’Alsace-Moselle

Les salariés des départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle bénéficient d’une législation spécifique en matière de jours fériés. La loi interdit en effet de les faire travailler certains jours, sauf dans certains secteurs d’activité déterminés ou dans certaines circonstances particulières (C. trav., art. L. 3134-1 à L. 3134-16).

Par ailleurs, en vertu de la législation locale, les salariés de ces départements bénéficient de deux jours fériés de plus que sur le reste du territoire national : le Vendredi saint et le 26 décembre (C. trav., art. L. 3134-13).

Récapitulatif

Voici les points essentiels à retenir sur le travail le 1er mai :

  • Le 1er mai est le seul jour férié obligatoirement chômé par la loi
  • Seuls les établissements dont l’activité ne peut être interrompue peuvent faire travailler leurs salariés le 1er mai
  • Le salarié qui travaille le 1er mai a droit à une rémunération doublée (salaire + indemnité égale au salaire)
  • Cette majoration ne peut pas être remplacée par un repos compensateur
  • Le chômage du 1er mai ne peut jamais entraîner de réduction de salaire
  • Les heures chômées au titre du 1er mai ne sont pas récupérables
  • Si le 1er mai tombe un jour habituellement non travaillé, aucune indemnité supplémentaire n’est due (sauf convention collective contraire)
  • L’employeur qui fait travailler illégalement un salarié le 1er mai risque une amende de 750 euros par salarié concerné

FAQ : vos questions sur le travail le 1er mai

Peut-on obliger un salarié à travailler le 1er mai ?

Non, sauf si l’établissement ne peut pas interrompre son activité en raison de sa nature (hôpitaux, transports, etc.). Dans ce cas, le salarié bénéficie d’une rémunération doublée (C. trav., art. L. 3133-6).

Le 1er mai est-il le seul jour férié obligatoirement chômé ?

Oui. Le 1er mai est le seul jour férié dont le chômage est imposé par la loi (C. trav., art. L. 3133-4). Pour les 10 autres jours fériés, c’est l’accord collectif ou, à défaut, l’employeur qui détermine s’ils sont chômés ou travaillés.

Quelle est la majoration de salaire pour le travail le 1er mai ?

Le salarié qui travaille le 1er mai perçoit son salaire normal majoré de 100 %. Il reçoit donc, en plus de son salaire habituel, une indemnité égale au montant de ce salaire (C. trav., art. L. 3133-6). Ses heures sont payées double.

Mon employeur peut-il remplacer la majoration du 1er mai par un jour de repos ?

Non. La Cour de cassation a expressément jugé que l’employeur ne peut pas accorder un repos en lieu et place de la majoration salariale (Cass. soc., 30 nov. 2004, n°02-45.785 P). Même une convention collective ne peut pas substituer un repos au doublement de la rémunération (Cass. soc., 8 oct. 1996, n°92-44.057).

Le 1er mai tombe un samedi ou un dimanche : ai-je droit à une compensation ?

Si le 1er mai tombe un jour que vous ne travaillez pas habituellement (samedi, dimanche pour un salarié en semaine classique), vous n’avez droit à aucune indemnité supplémentaire, sauf si votre convention collective ou un usage dans l’entreprise le prévoit.

Mon employeur peut-il me faire récupérer le 1er mai ?

Non. Les heures de travail perdues par suite du chômage des jours fériés ne donnent pas lieu à récupération (C. trav., art. L. 3133-2). Ce principe est d’ordre public et s’applique à tous les jours fériés chômés, y compris le 1er mai.

Peut-on poser une RTT le 1er mai ?

Non. Les jours de RTT ne peuvent pas être positionnés un jour férié chômé (Cass. soc., 11 juill. 2007, n°06-40.567 P). Cette interdiction s’applique même si l’établissement est ouvert le 1er mai dans le cadre d’une exception (Cass. soc., 11 juill. 2007, n°06-44.571 S).

La journée de solidarité peut-elle être fixée le 1er mai ?

Oui. La loi permet de positionner la journée de solidarité sur un jour férié précédemment chômé, y compris le 1er mai, à condition qu’un accord d’entreprise ou de branche le prévoie (C. trav., art. L. 3133-11).

Je suis en CDD ou intérimaire : ai-je les mêmes droits le 1er mai ?

Oui. Les salariés en CDD bénéficient du chômage des jours fériés dans les mêmes conditions que les salariés en CDI (C. trav., art. L. 1242-14). Les intérimaires bénéficient également du paiement des jours fériés dans les mêmes conditions que les salariés de l’entreprise utilisatrice.

Que risque mon employeur s’il me fait travailler illégalement le 1er mai ?

L’employeur encourt une amende de 4e classe, soit 750 euros par salarié concerné (C. trav., art. R. 3135-1). Par ailleurs, le salarié peut contester cette situation et réclamer le paiement de la majoration de 100 % devant le conseil de prud’hommes.

Qui a le droit de travailler le 1er mai ?

Seuls les salariés des établissements et services qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail ont le droit de travailler le 1er mai (C. trav., art. L. 3133-6). Cela concerne principalement les hôpitaux, les transports, la restauration, la boulangerie et les commerces alimentaires. La proposition de loi de janvier 2026 vise à élargir cette liste aux fleuristes, aux activités culturelles et sportives.

Les fleuristes peuvent-ils travailler le 1er mai ?

Oui. Les fleuristes font partie des commerces dont l’activité justifie une ouverture le 1er mai, en raison de la tradition de la vente de muguet. La proposition de loi adoptée en janvier 2026 mentionne expressément la vente de fleurs naturelles comme activité pouvant déroger au principe du chômage du 1er mai.

Quelle est la rémunération pour le travail le 1er mai en restauration ?

Un salarié de la restauration qui travaille le 1er mai a droit à sa rémunération habituelle majorée de 100 %. Ses heures sont payées double. L’employeur ne peut pas remplacer cette majoration par un jour de repos (Cass. soc., 30 nov. 2004, n°02-45.785 P).

Vous avez des questions sur le travail le 1er mai ?

Le 1er mai bénéficie d’un régime juridique protecteur pour les salariés, mais les règles restent complexes, notamment lorsque ce jour tombe un dimanche, pendant des congés ou dans un établissement fonctionnant en continu.

Auron Avocat vous accompagne pour vérifier que vos droits sont respectés, contester un refus de paiement de la majoration du 1er mai, obtenir le rappel des sommes dues si votre employeur n’a pas correctement rémunéré votre travail le 1er mai, et analyser les dispositions de votre convention collective applicables aux jours fériés.

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Auteur de l'article
Arnaud Sirven
Fondateur d'Auron Avocat

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13/4/26
Inspection du travail : tout ce qu'un employeur (et un salarié) doit savoir avant le contrôle
Un agent se présente à l’accueil, carte professionnelle à la main. Il demande à entrer, à voir des registres, à s’entretenir avec quelques salariés. En quelques minutes, un contrôle de l’inspection du travail s’ouvre, souvent sans préavis, parfois sans motif énoncé. Pour le chef d’entreprise, ce n’est presque jamais une formalité. Pour le salarié, c’est souvent la seule voie concrète pour faire bouger une situation que la hiérarchie ignore. Ce guide n’est pas un cours magistral. Il adopte une approche pratique et pédagogique, à partir d’une question simple : que se passe-t-il, concrètement, lorsqu’un agent franchit la porte de l’entreprise ? Que peut-il consulter, qui peut-il interroger, jusqu’où peut-il aller, et où ses prérogatives s’arrêtent-elles ? Chaque section est illustrée par des exemples inspirés de la pratique, pour les employeurs qui veulent anticiper comme pour les salariés qui s’interrogent sur l’opportunité d’une saisine. En clair : l’inspection du travail dispose de pouvoirs d’investigation très larges, mais ces pouvoirs s’arrêtent au seuil de droits protégés : propriété, vie privée, secret de l’avocat, secret médical, confidentialité des enquêtes internes. L’enjeu, pour l’employeur, n’est pas de se soustraire au contrôle ; c’est d’y coopérer utilement sans renoncer aux garanties qui protègent l’entreprise et ses salariés. Pour le salarié, c’est un levier puissant, à condition de savoir comment le mobiliser.