Comment augmenter son salaire : les leviers juridiques pour être mieux payé
Classification conventionnelle, heures supplémentaires, égalité salariale, discriminations, minima conventionnels : découvrez les leviers juridiques pour augmenter votre salaire ou récupérer des sommes impayées. Guide complet pour salariés et employeurs.

Face à l'inflation et à l'augmentation du coût de la vie, la question de la rémunération est plus que jamais au cœur des préoccupations des salariés. Si les guides traditionnels se concentrent sur l'art de la négociation ou les techniques de communication avec son employeur, il existe des leviers juridiques souvent méconnus qui permettent d'obtenir une meilleure rémunération, voire de récupérer des sommes qui auraient dû être versées.
Cet article propose une approche différente : plutôt que de vous expliquer comment demander une augmentation de salaire à son employeur avec les bons arguments, nous allons explorer les fondements juridiques qui peuvent vous permettre d'être mieux payé. Que vous soyez salarié cherchant à faire valoir vos droits ou employeur soucieux de sécuriser vos pratiques, ces mécanismes juridiques méritent toute votre attention.
En droit du travail français, la rémunération n'est pas laissée à la seule discrétion de l'employeur. Elle est encadrée par un ensemble de règles d'ordre public (Smic, interdiction des discriminations, égalité entre les sexes), de dispositions conventionnelles (minima de branche, classifications) et de principes jurisprudentiels (notamment le principe "à travail égal, salaire égal"). La méconnaissance de ces règles peut conduire à des situations où le salarié perçoit moins que ce à quoi il a légalement droit.
Nous examinerons successivement les différents leviers juridiques permettant d'augmenter son salaire : la vérification de sa classification conventionnelle, l'analyse de sa durée du travail effective, la détection d'éventuelles discriminations ou inégalités de traitement, et les garanties liées aux minima conventionnels. Pour chaque thématique, nous proposerons des exemples concrets et des conseils pratiques tant pour les salariés que pour les employeurs.
Négocier son salaire et son augmentation : le cadre juridique
Le principe de liberté contractuelle
La fixation du salaire repose en principe sur la liberté contractuelle. L'employeur et le salarié peuvent librement convenir du montant et des modalités de la rémunération, sous réserve du respect des dispositions d'ordre public et des minima conventionnels.
Cette liberté connaît cependant des limites importantes : le salaire ne peut être inférieur au Smic ou au minimum conventionnel applicable, aucune discrimination ne peut être pratiquée, le principe d'égalité de traitement doit être respecté, et la rémunération ne peut être fixée unilatéralement par l'employeur sans l'accord du salarié.
Pour les salariés : la négociation salariale s'inscrit dans ce cadre juridique. Votre employeur ne peut pas vous proposer un salaire inférieur aux minima applicables, et toute différence de traitement avec vos collègues doit être justifiée par des critères objectifs.
Pour les employeurs : la marge de manœuvre dans la négociation salariale est réelle, mais elle s'exerce dans un cadre contraint. Il est essentiel de pouvoir justifier objectivement les différences de rémunération entre salariés occupant des fonctions comparables.
Ce qui peut et ne peut pas être négocié
Lors d'une négociation salariale, plusieurs éléments peuvent faire l'objet de discussions.
Éléments négociables : le salaire de base (dans le respect des minima), les primes et gratifications non obligatoires, les avantages en nature, les modalités de remboursement des frais professionnels, l'attribution de titres-restaurant ou d'une mutuelle plus avantageuse.
Éléments non négociables : le respect du Smic et des minima conventionnels, les primes prévues par la convention collective ou un accord d'entreprise, les majorations légales pour heures supplémentaires, l'égalité de traitement avec les autres salariés dans une situation comparable.
Exemple : Sophie, commerciale dans une entreprise de services informatiques, négocie son embauche. Elle peut discuter du montant de son salaire fixe et du pourcentage de sa commission sur les ventes. En revanche, si la convention collective prévoit une prime d'ancienneté, celle-ci lui sera due de plein droit dès qu'elle remplira les conditions, sans que l'employeur puisse la lui refuser.
Comment calculer son augmentation de salaire : les bases juridiques
Les différentes composantes de la rémunération
Pour calculer son augmentation de salaire de manière éclairée, il convient de comprendre les différents éléments qui composent la rémunération.
Le salaire de base constitue la rémunération brute fixe versée en contrepartie du travail. Il est généralement exprimé en montant mensuel pour les salariés mensualisés.
Les compléments de salaire incluent : les primes et gratifications (13ème mois, prime de vacances, prime d'ancienneté), les commissions pour les commerciaux, les avantages en nature (véhicule de fonction, logement, téléphone), les pourboires dans certains secteurs.
Les majorations légales ou conventionnelles s'ajoutent dans certaines situations : heures supplémentaires (majoration de 25% pour les 8 premières heures, 50% au-delà, sauf dispositions conventionnelles différentes), travail de nuit, du dimanche ou des jours fériés, astreintes.
Calculer son augmentation de salaire : méthodologie
Pour évaluer correctement une augmentation, plusieurs calculs sont nécessaires. L'augmentation en pourcentage se calcule ainsi : (Nouveau salaire - Ancien salaire) / Ancien salaire × 100. L'impact sur le net doit également être pris en compte : l'augmentation brute ne se traduit pas intégralement en augmentation nette en raison des cotisations sociales et du prélèvement à la source.
Exemple : Marc perçoit un salaire brut mensuel de 3 000 euros. Son employeur lui propose une augmentation de 150 euros bruts. En pourcentage, cette augmentation représente 5% (150/3000 × 100). Cependant, après déduction des cotisations salariales (environ 22 à 25% du brut) et du prélèvement à la source, l'augmentation nette sera d'environ 90 à 100 euros selon sa situation fiscale.
Comparer son salaire aux références applicables
Au-delà du calcul arithmétique, calculer son augmentation de salaire suppose de comparer sa rémunération à plusieurs références : le Smic (au 1er janvier 2024, le Smic horaire brut est fixé à 11,65 euros, soit 1 766,92 euros bruts mensuels pour 35 heures hebdomadaires), le minimum conventionnel fixé par la convention collective applicable, et les salaires pratiqués dans l'entreprise en vertu du principe "à travail égal, salaire égal".
Exemple : Léa, technicienne de maintenance classée au niveau IV de sa convention collective, découvre que le minimum conventionnel pour son niveau est de 2 100 euros bruts. Elle perçoit actuellement 2 050 euros. Son employeur lui doit donc un complément de 50 euros pour atteindre le minimum conventionnel, indépendamment de toute négociation.
Comment augmenter son coefficient salaire : la classification conventionnelle
Comprendre le système de classification
Les conventions collectives définissent des grilles de classification qui hiérarchisent les emplois selon différents critères : niveau de qualification requis, autonomie, responsabilités, technicité des tâches. À chaque niveau correspond un coefficient et un salaire minimum.
La classification peut reposer sur des critères classants (l'emploi est évalué selon une grille multicritères), des emplois repères (l'accord liste les emplois types et leur niveau de rattachement), ou un modèle de compétences (le niveau dépend des compétences acquises par le salarié).
L'employeur est tenu d'attribuer au salarié la classification correspondant aux fonctions réellement exercées. Il ne peut pas convenir contractuellement d'une classification inférieure à celle qui résulte de l'application de l'accord de classification.
Vérifier sa classification : un levier pour augmenter son salaire
La vérification de sa classification constitue un levier efficace pour augmenter son coefficient salaire. En effet, nombreux sont les salariés dont les fonctions ont évolué au fil du temps sans que leur classification ait été ajustée.
Comment procéder ? Se procurer le texte de la convention collective applicable (mentionnée sur le bulletin de paie), identifier la grille de classification et les critères d'accès à chaque niveau, comparer ses fonctions réelles aux définitions de chaque niveau, vérifier si le coefficient actuel correspond à la réalité des tâches exercées.
Exemple : Thomas a été embauché il y a cinq ans comme assistant comptable, classé au niveau II de sa convention collective. Progressivement, il s'est vu confier la responsabilité de la comptabilité fournisseurs, la préparation des déclarations fiscales et l'encadrement d'un apprenti. Ces fonctions correspondent en réalité au niveau III (comptable confirmé) de la grille. Thomas peut demander la reconnaissance de cette classification et le rappel de salaire correspondant.
Contester sa classification : la procédure
Le salarié qui estime être sous-classé peut saisir le conseil de prud'hommes. Il lui appartient de rapporter la preuve qu'il exerce les activités correspondant à la classification qu'il revendique.
Le juge compare les conditions prévues par la convention collective pour accéder à la qualification demandée, recherche quelles fonctions l'intéressé a véritablement exercées, et s'attache aux fonctions réellement exercées, et non à celles exercées à titre accessoire ou occasionnel.
Conséquences d'un déclassement reconnu : lorsque le juge attribue un coefficient hiérarchique supérieur, l'employeur est tenu au paiement d'un rappel de salaire correspondant au minimum conventionnel afférent à ce coefficient. Ce rappel peut porter sur les trois dernières années (délai de prescription de l'action en rappel de salaire).
Pour les salariés : conservez tout document attestant de l'évolution de vos fonctions (fiches de poste, courriels, comptes rendus d'entretiens annuels). Ces éléments seront essentiels pour démontrer la réalité de vos missions.
Pour les employeurs : procédez régulièrement à un audit des classifications de vos salariés pour vous assurer de leur cohérence avec les fonctions réellement exercées. Une classification erronée expose à des rappels de salaire sur trois ans, potentiellement assortis d'intérêts de retard.
Exemple : Caroline, assistante de direction depuis huit ans, a vu ses responsabilités croître considérablement. Elle gère désormais l'agenda de trois directeurs, organise les déplacements internationaux, rédige des notes de synthèse et participe aux comités de direction pour établir les procès-verbaux. Elle demeure pourtant classée au même niveau qu'à son embauche. Après analyse de sa convention collective, elle constate que ses fonctions correspondent au niveau "assistante de direction confirmée". Elle saisit le conseil de prud'hommes et obtient un rappel de salaire de 15 000 euros couvrant les trois dernières années.
Analyser sa durée du travail : récupérer les heures supplémentaires impayées
La vérification de sa durée du travail effective constitue un levier majeur pour augmenter son salaire, ou plus exactement pour récupérer des sommes qui auraient dû être versées.
Les heures supplémentaires non payées : un contentieux fréquent
Les heures supplémentaires sont les heures de travail effectuées au-delà de la durée légale hebdomadaire (35 heures) ou de la durée considérée comme équivalente. Elles ouvrent droit à une majoration de salaire (ou, sous certaines conditions, à un repos compensateur).
Taux de majoration applicables (sauf dispositions conventionnelles différentes, avec un minimum de 10%) : 25% pour les huit premières heures supplémentaires (de la 36ème à la 43ème heure), 50% pour les heures suivantes.
Pour un rappel détaillé du régime des heures supplémentaires non payées et des modalités de preuve, nous vous invitons à consulter notre article dédié : Heures supplémentaires non payées : comment les récupérer.
En synthèse, le salarié qui souhaite obtenir le paiement d'heures supplémentaires doit présenter au juge des éléments suffisamment précis quant aux heures non rémunérées qu'il prétend avoir accomplies. Il peut s'agir de décomptes journaliers ou hebdomadaires, d'agendas, de courriels horodatés, de témoignages de collègues. L'employeur doit ensuite répondre en fournissant ses propres éléments de contrôle du temps de travail.
Exemple : Antoine, chef de projet dans une agence de communication, effectue régulièrement 45 heures par semaine. Ses bulletins de paie ne mentionnent que 35 heures. Chaque mois, 10 heures supplémentaires (dont 8 majorées à 25% et 2 à 50%) ne lui sont pas payées. Sur trois ans, cela représente un rappel de salaire d'environ 12 000 euros (hors congés payés afférents).
Le forfait jours : une convention qui peut être contestée
De nombreux cadres sont soumis à une convention de forfait en jours, qui les exclut du décompte horaire du temps de travail. Cette convention doit cependant respecter des conditions strictes, tant dans l'accord collectif qui l'autorise que dans la convention individuelle conclue avec le salarié.
Pour une analyse complète du régime du forfait jours et des conditions de sa validité, nous vous renvoyons à notre article : Cadre au forfait jour : régime juridique, RTT et heures supplémentaires.
En cas de nullité ou d'inopposabilité de la convention de forfait, le salarié peut prétendre au paiement des heures supplémentaires effectuées au-delà de 35 heures hebdomadaires. Les sommes en jeu peuvent être considérables.
Principales causes de nullité : absence de dispositions conventionnelles suffisantes sur le suivi de la charge de travail, absence de convention individuelle écrite, défaut de suivi effectif par l'employeur (entretiens annuels sur la charge de travail, respect du droit à la déconnexion).
Exemple : Nathalie, directrice commerciale régionale, est soumise à un forfait de 218 jours par an. L'accord d'entreprise ne prévoit aucune modalité de suivi de sa charge de travail, et elle n'a jamais eu d'entretien sur ce sujet. Elle travaille en réalité environ 50 heures par semaine. La convention de forfait étant nulle faute de garanties suffisantes, Nathalie peut solliciter la requalification de sa situation et le paiement des heures supplémentaires sur trois ans, soit un rappel potentiel de plusieurs dizaines de milliers d'euros.
Les cadres dirigeants sont quant à eux totalement exclus de la législation sur la durée du travail, mais la requalification de ce statut peut également ouvrir droit à des rappels considérables.
Pour les employeurs : vérifiez que vos conventions de forfait jours reposent sur un accord collectif conforme aux exigences légales et jurisprudentielles, et que vous assurez un suivi effectif de la charge de travail de vos cadres au forfait.
L'aménagement du temps de travail : vérifier les décomptes
Lorsque le temps de travail est aménagé sur une période supérieure à la semaine (annualisation, modulation), les heures supplémentaires ne sont pas décomptées semaine par semaine mais à l'issue de la période de référence.
Il convient néanmoins de vérifier le respect des limites hautes hebdomadaires fixées par l'accord, le décompte correct des heures en fin de période, et le traitement des absences (maladie, congés) dans le calcul.
Exemple : Paul travaille dans une entreprise où le temps de travail est annualisé. L'accord prévoit un plafond de 1 607 heures annuelles et une limite haute de 44 heures par semaine. À plusieurs reprises, Paul a travaillé 46 heures dans une semaine sans que les 2 heures excédentaires soient comptabilisées comme heures supplémentaires. Ces heures auraient dû être majorées immédiatement, indépendamment du décompte annuel.
Le principe "à travail égal, salaire égal" : comparer sa rémunération
Définition et champ d'application
Le principe "à travail égal, salaire égal" oblige l'employeur à assurer l'égalité de rémunération entre les salariés placés dans une situation identique. Les différences de rémunération ne sont pas interdites, mais elles doivent être justifiées par des critères objectifs, matériellement vérifiables et étrangers à toute discrimination.
Pour une analyse approfondie de ce principe et des moyens de preuve, nous vous invitons à consulter notre article : Un salarié réclame la même augmentation que son collègue : comment réagir ?
Le cadre d'appréciation de ce principe est l'entreprise. Il importe peu que les salariés dont la situation est comparée n'aient pas effectué simultanément un travail égal pour la même entreprise.
Comment invoquer ce principe pour être mieux payé ?
Étape 1 : Identifier des salariés comparables. Le salarié doit identifier des collègues effectuant un travail identique ou de valeur égale. Sont considérés comme ayant une valeur égale les travaux qui exigent un ensemble comparable de connaissances professionnelles, de capacités découlant de l'expérience acquise, de responsabilités et de charge physique ou nerveuse.
Étape 2 : Établir l'existence d'une différence de traitement. Le salarié peut demander au juge d'ordonner la communication de bulletins de paie de collègues, anonymisés le cas échéant. Cette communication peut être ordonnée même si elle porte atteinte à la vie personnelle des autres salariés, dès lors qu'elle est indispensable à l'exercice du droit à la preuve.
Étape 3 : L'employeur doit justifier la différence. Une fois la différence constatée, il appartient à l'employeur de démontrer qu'elle repose sur des éléments objectifs et pertinents.
Les justifications admises par la jurisprudence
Plusieurs critères objectifs peuvent justifier une différence de rémunération : l'ancienneté (à condition qu'elle ne soit pas déjà rémunérée par une prime distincte), l'expérience professionnelle acquise dans des fonctions similaires (y compris chez d'autres employeurs), les diplômes (à condition qu'ils soient utiles aux fonctions exercées et constituent un critère pertinent), et la qualité du travail (dès lors que cette appréciation découle d'éléments précis, objectifs et incontestables).
Exemple : Julien et Marie sont tous deux commerciaux dans la même entreprise, avec la même ancienneté et les mêmes objectifs. Julien perçoit 3 200 euros bruts contre 2 900 euros pour Marie. L'employeur invoque l'expérience antérieure de Julien dans le secteur. Si cette expérience est effectivement utile aux fonctions et documentée, la différence peut être justifiée. Sinon, Marie pourra solliciter un rappel de salaire.
Pour les employeurs : documentez systématiquement les critères objectifs justifiant les écarts de rémunération entre salariés comparables. En l'absence de justification, vous vous exposez à des rappels de salaire pouvant couvrir trois années. Pour approfondir ce sujet, consultez notre analyse des condamnations prud'hommes et de leurs montants.
Détecter et combattre les discriminations salariales
Les critères de discrimination prohibés
Le Code du travail interdit toute mesure discriminatoire en matière de rémunération fondée sur : l'origine, le sexe, les mœurs, l'orientation sexuelle, l'identité de genre, l'âge, la situation de famille ou la grossesse, les caractéristiques génétiques, la particulière vulnérabilité résultant de la situation économique, l'appartenance ou la non-appartenance (vraie ou supposée) à une ethnie, une nation ou une prétendue race, les opinions politiques, les activités syndicales ou mutualistes, les convictions religieuses, l'apparence physique, le nom de famille, le lieu de résidence, la domiciliation bancaire, l'état de santé, la perte d'autonomie, le handicap, la qualité de lanceur d'alerte, l'exercice normal du droit de grève.
Le régime probatoire favorable au salarié
En cas de litige, le salarié qui s'estime victime d'une discrimination soumet au juge les éléments de fait laissant supposer l'existence de cette discrimination. Il n'est pas tenu de prouver la discrimination : il lui suffit de présenter des éléments susceptibles de la caractériser.
Au vu de ces éléments, il incombe ensuite à l'employeur de prouver que sa décision est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination. À défaut, la discrimination est considérée comme établie.
Exemple : Rachid, ingénieur informatique, constate qu'il perçoit un salaire inférieur de 400 euros à celui de ses trois collègues ayant la même ancienneté et les mêmes fonctions. Il produit devant le conseil de prud'hommes ses bulletins de paie et ceux (anonymisés) de ses collègues, ainsi qu'un tableau comparatif. Ces éléments laissent supposer une discrimination liée à l'origine. L'employeur doit alors démontrer que l'écart de rémunération s'explique par des critères objectifs (diplômes supérieurs, expérience différente, etc.). S'il n'y parvient pas, Rachid obtiendra un rappel de salaire et des dommages-intérêts.
Les sanctions de la discrimination
Lorsque la discrimination est établie, la mesure incriminée est nulle, le salarié est rétabli dans ses droits (rappel de salaire), et des dommages-intérêts peuvent être alloués pour réparer le préjudice subi.
Sur le plan pénal, l'employeur encourt une amende pouvant aller jusqu'à 45 000 euros et trois ans d'emprisonnement pour les personnes physiques, 225 000 euros pour les personnes morales.
Focus sur la discrimination syndicale
La discrimination en raison de l'activité syndicale fait l'objet d'une attention particulière de la jurisprudence. L'employeur ne peut écarter les représentants du personnel du processus d'évaluation, même lorsque le crédit d'heures de délégation représente une part importante de leur temps de travail. Il ne peut non plus prendre en compte le mandat pour arrêter ses décisions en matière de rémunération ou d'avancement.
La jurisprudence est prompte à voir de la discrimination dans la moindre allusion aux activités syndicales dans une fiche d'évaluation. Une telle mention suffit à caractériser une discrimination illicite.
Pour les employeurs : veillez scrupuleusement à ce que les représentants du personnel bénéficient d'une évolution de carrière et de rémunération comparable à celle de leurs collègues. L'absence d'augmentation sur plusieurs années est un indice sérieux de discrimination.
L'égalité de rémunération entre les femmes et les hommes
L'obligation légale d'égalité salariale
L'article L. 3221-2 du Code du travail impose à tout employeur d'assurer, pour un même travail ou pour un travail de valeur égale, l'égalité de rémunération entre les femmes et les hommes. Les différents éléments composant la rémunération doivent être définis selon des normes identiques pour les deux sexes. Cette obligation va au-delà du simple salaire de base : elle couvre l'ensemble des avantages et accessoires de la rémunération.
L'index de l'égalité professionnelle
Les entreprises d'au moins 50 salariés sont tenues de calculer et de publier chaque année un index de l'égalité professionnelle, mesuré au regard d'une série d'indicateurs : écart de rémunération entre les femmes et les hommes, écart de taux d'augmentations individuelles, écart de taux de promotions (entreprises de plus de 250 salariés), pourcentage de salariées augmentées à leur retour de congé maternité, parité parmi les dix plus hautes rémunérations.
En cas de résultat insuffisant (note inférieure à 75/100), l'entreprise doit fixer des objectifs de progression et des mesures correctives. À défaut, elle encourt une pénalité financière pouvant atteindre 1% de la masse salariale.
Le rattrapage salarial au retour de congé maternité
Le législateur a institué un dispositif de rattrapage salarial au bénéfice des salariées au retour de leur congé de maternité : leur rémunération doit être majorée des augmentations générales ainsi que de la moyenne des augmentations individuelles perçues pendant la durée du congé par les salariés relevant de la même catégorie professionnelle.
Exemple : Émilie revient de son congé maternité. Pendant son absence, une augmentation générale de 2% a été accordée à l'ensemble du personnel, et ses collègues de même catégorie ont bénéficié d'augmentations individuelles moyennes de 1,5%. Émilie doit percevoir une augmentation totale de 3,5% à son retour, sans avoir à la négocier.
Les sanctions spécifiques
En cas d'atteinte au principe d'égalité de rémunération entre les femmes et les hommes, l'employeur est passible d'une amende de 1 500 euros (contravention de 5ème classe), appliquée autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés. En cas de récidive, l'amende peut atteindre 3 000 euros. La rémunération plus élevée dont bénéficient les salariés de l'autre sexe est substituée de plein droit à celle des salariés discriminés.
Comment augmenter son salaire net : optimiser sa rémunération
Au-delà des leviers juridiques permettant d'obtenir une meilleure rémunération brute, plusieurs mécanismes permettent d'augmenter son salaire net à coût équivalent pour l'employeur.
Les avantages en nature
Les avantages en nature constituent des éléments de rémunération à part entière. Ils sont évalués forfaitairement ou selon leur valeur réelle pour le calcul des cotisations sociales. Principaux avantages en nature : véhicule de fonction, logement de fonction, téléphone et outils informatiques, repas fournis par l'employeur.
L'intérêt pour le salarié réside dans le fait que l'évaluation forfaitaire est souvent inférieure au coût réel de l'avantage. Par exemple, un véhicule de fonction d'une valeur mensuelle de 600 euros peut être évalué à 400 euros pour les cotisations, représentant un gain net pour le salarié.
Les frais professionnels
Les remboursements de frais professionnels ne constituent pas une rémunération s'ils correspondent à des dépenses réellement engagées par le salarié dans l'exercice de ses fonctions. Ils ne sont pas soumis à cotisations sociales ni à l'impôt sur le revenu. Une négociation peut porter sur l'augmentation des forfaits de remboursement, dans la limite des plafonds d'exonération fixés par l'administration.
L'épargne salariale et retraite
Les dispositifs d'épargne salariale (participation, intéressement, abondement au PEE) offrent un cadre fiscal et social avantageux : exonération de cotisations sociales (hors CSG-CRDS) et exonération d'impôt sur le revenu si les sommes sont bloquées. Négocier la mise en place ou l'amélioration de ces dispositifs peut être plus intéressant qu'une augmentation brute équivalente.
Exemple : Plutôt qu'une augmentation de 100 euros bruts (environ 75 euros nets après cotisations et impôt), Mathieu négocie un abondement supplémentaire de 100 euros sur son PEE. Les 100 euros sont intégralement épargnés (hors CSG-CRDS de 9,7%), sans impôt sur le revenu, soit un gain net supérieur.
Les titres-restaurant et autres avantages
Les titres-restaurant bénéficient d'un régime social et fiscal favorable : la participation de l'employeur (comprise entre 50% et 60% de la valeur du titre) est exonérée de cotisations sociales dans la limite de 7,18 euros par titre (valeur 2024). Pour un salarié travaillant 20 jours par mois avec des titres-restaurant d'une valeur de 11 euros (dont 6,60 euros de participation employeur), l'avantage mensuel représente 132 euros nets.
Les minima conventionnels : vérifier qu'ils sont respectés
La comparaison salaire réel / minimum conventionnel
Les conventions collectives fixent des salaires minima par niveau de classification. Ces minima s'imposent à l'employeur et ne peuvent être réduits par le contrat de travail. La comparaison entre la rémunération du salarié et le minimum conventionnel s'effectue en principe mois par mois. Il convient d'identifier les éléments de salaire à prendre en compte pour cette comparaison, qui varient selon les conventions collectives.
Quels éléments entrent dans la comparaison ?
Éléments généralement inclus : salaire de base, primes inhérentes à la nature de l'emploi, avantages en nature. Éléments généralement exclus : heures supplémentaires et leurs majorations, primes d'ancienneté (si prévues distinctement par la convention), remboursements de frais professionnels, primes exceptionnelles non liées au travail normal.
Exemple : Benoît perçoit un salaire de base de 1 900 euros. Le minimum conventionnel de son niveau est de 2 000 euros. Son employeur argue que la prime d'ancienneté de 150 euros permet d'atteindre ce minimum. Or, la convention collective prévoit la prime d'ancienneté en sus du minimum. Benoît a donc droit à un complément de 100 euros pour atteindre le minimum, plus sa prime d'ancienneté.
Conséquences du non-respect
Le non-respect des minima conventionnels expose l'employeur à un rappel de salaire sur trois ans, une amende de 450 euros (contravention de 4ème classe) appliquée autant de fois qu'il y a de salariés concernés, et une amende administrative prononcée par la Dreets.
Pour les employeurs : suivez attentivement les revalorisations des minima conventionnels de branche et ajustez les salaires de vos collaborateurs en conséquence. Le fait que le salaire réel soit supérieur au minimum lors de l'embauche ne vous dispense pas de cette vérification régulière.
Stratégie globale pour augmenter son salaire
L'audit de sa situation
Avant d'engager toute démarche, il est recommandé de procéder à un audit complet de sa situation : ma classification correspond-elle aux fonctions que j'exerce réellement ? Mon salaire est-il au moins égal au minimum conventionnel ? Mes heures supplémentaires sont-elles correctement rémunérées ? Si je suis au forfait jours, les conditions de validité sont-elles réunies ? Existe-t-il des écarts de rémunération injustifiés avec mes collègues ? Ai-je subi une perte de rémunération à mon retour de congé maternité ?
Les démarches amiables
Dans un premier temps, il est souvent préférable de privilégier le dialogue avec l'employeur : solliciter un entretien pour évoquer l'évolution de ses fonctions et de sa rémunération, présenter objectivement les éléments justifiant une revalorisation, proposer des solutions (reclassification, augmentation, avantages complémentaires). Cette approche constructive permet souvent d'aboutir à un accord sans contentieux.
Le recours contentieux
En l'absence d'accord, le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes pour obtenir un rappel de salaire (sur trois ans maximum), des dommages-intérêts en cas de préjudice distinct, la requalification de sa classification, l'annulation d'une mesure discriminatoire.
Le délai de prescription de l'action en rappel de salaire est de trois ans à compter du jour où le salarié a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'exercer son action.
Exemple : Véronique découvre en janvier 2024 qu'elle est sous-classée depuis son embauche en 2018. Elle peut réclamer un rappel de salaire couvrant les trois dernières années (janvier 2021 à janvier 2024). Les sommes dues pour la période antérieure sont prescrites.
L'accompagnement par un avocat
Le recours à un avocat spécialisé en droit du travail présente plusieurs avantages : analyse juridique de la situation et identification des leviers applicables, évaluation du montant des sommes potentiellement récupérables, négociation avec l'employeur, représentation devant le conseil de prud'hommes si nécessaire.
Chez Auron Avocat, nous accompagnons régulièrement des salariés dans ces démarches et pouvons évaluer avec vous l'opportunité et les chances de succès d'une action.
FAQ : les questions fréquentes sur l'augmentation de salaire
Puis-je demander à connaître le salaire de mes collègues pour comparer ?
Vous ne pouvez pas exiger de votre employeur qu'il vous communique spontanément les salaires de vos collègues. En revanche, dans le cadre d'une procédure prud'homale, le juge peut ordonner la communication de bulletins de paie anonymisés s'ils sont nécessaires à la démonstration d'une inégalité de traitement. La Cour de cassation a confirmé que cette communication peut être ordonnée même si elle porte atteinte à la vie personnelle des autres salariés, dès lors qu'elle est indispensable à l'exercice du droit à la preuve.
Mon employeur peut-il refuser de m'augmenter indéfiniment ?
Juridiquement, l'employeur n'a pas d'obligation générale d'augmenter les salaires, sous réserve du respect des minima légaux et conventionnels. Cependant, s'il accorde des augmentations à d'autres salariés placés dans une situation comparable sans vous en faire bénéficier, vous pourriez invoquer une violation du principe d'égalité de traitement. L'absence prolongée d'augmentation peut également, dans certains cas, constituer un indice de discrimination, notamment syndicale.
Comment prouver que j'ai effectué des heures supplémentaires ?
Vous devez présenter des éléments suffisamment précis quant aux heures travaillées. Peuvent constituer des éléments de preuve : des décomptes journaliers ou hebdomadaires (même établis a posteriori), des courriels ou messages horodatés, des relevés de badgeuse, des agendas, des témoignages de collègues, des notes de frais mentionnant des horaires. Une fois ces éléments produits, l'employeur doit y répondre en fournissant ses propres éléments de contrôle du temps de travail. Pour en savoir plus, consultez notre article sur les heures supplémentaires non payées.
Quel est le délai pour réclamer un rappel de salaire ?
L'action en paiement du salaire se prescrit par trois ans à compter du jour où le salarié a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant d'exercer son action. La demande peut porter sur les sommes dues au titre des trois dernières années à compter de ce jour ou, lorsque le contrat de travail est rompu, sur les sommes dues au titre des trois années précédant la rupture.
Mon employeur peut-il baisser mon salaire ?
Non, le salaire constitue un élément essentiel du contrat de travail. Toute modification du montant ou de la structure de la rémunération nécessite l'accord exprès du salarié. L'employeur ne peut pas imposer unilatéralement une baisse de salaire, même minime. En cas de refus du salarié, l'employeur doit soit renoncer à la modification, soit engager une procédure de licenciement s'il maintient sa position (mais le refus d'une modification du contrat n'est pas en soi une cause de licenciement).
Comment vérifier que ma convention collective est bien appliquée ?
Votre convention collective est mentionnée sur votre bulletin de paie. Vous pouvez consulter son texte intégral sur le site Légifrance ou auprès de votre employeur (qui doit en tenir un exemplaire à disposition). Comparez ensuite votre classification et votre rémunération avec les grilles prévues par la convention. En cas de doute, un avocat spécialisé peut vous aider à interpréter les dispositions conventionnelles.
Mon employeur peut-il supprimer une prime qu'il versait jusqu'alors ?
Cela dépend de l'origine de la prime : si elle résulte du contrat de travail, sa suppression nécessite l'accord du salarié ; si elle résulte d'un usage d'entreprise, l'employeur peut la dénoncer en respectant un délai de préavis suffisant et en informant les salariés et les représentants du personnel ; si elle résulte d'un engagement unilatéral, les conditions de dénonciation sont similaires ; si elle résulte d'un accord collectif, sa suppression suppose la dénonciation ou la révision de l'accord.
Que risque mon employeur s'il ne respecte pas le Smic ?
Le non-respect du Smic est passible de l'amende prévue pour les contraventions de 5ème classe (1 500 euros, 3 000 euros en cas de récidive), appliquée autant de fois qu'il y a de salariés concernés. L'employeur devra en outre verser un rappel de salaire aux salariés lésés, avec intérêts de retard. La Dreets peut également lui adresser un avertissement ou une amende administrative.
Puis-je cumuler plusieurs actions (rappel d'heures supplémentaires, discrimination, etc.) ?
Oui, ces actions ne sont pas exclusives les unes des autres. Un même salarié peut, dans une même instance prud'homale, solliciter un rappel d'heures supplémentaires, contester sa classification, invoquer une discrimination et réclamer des dommages-intérêts pour exécution déloyale du contrat. L'essentiel est de bien documenter chaque demande et de respecter les règles de preuve propres à chacune.
Mon employeur peut-il tenir compte de mes absences pour maladie pour refuser une augmentation ?
Non, l'état de santé fait partie des critères de discrimination prohibés. L'employeur ne peut pas refuser une augmentation au motif que le salarié a été absent pour maladie. En revanche, il peut légitimement tenir compte de la durée de présence effective pour le calcul de certaines primes (prime d'assiduité par exemple), sous réserve que les règles soient appliquées uniformément à tous les salariés.
Conclusion : les clés pour être mieux payé
L'augmentation de sa rémunération ne relève pas uniquement de l'art de la négociation. Le droit du travail offre de nombreux leviers permettant aux salariés d'obtenir une meilleure rémunération ou de récupérer des sommes qui auraient dû leur être versées.
Les principaux leviers à explorer sont : la vérification de sa classification conventionnelle, l'analyse de sa durée du travail effective (heures supplémentaires, validité du forfait jours), la comparaison de sa rémunération avec celle de collègues comparables, la détection d'éventuelles discriminations, le contrôle du respect des minima conventionnels.
Pour les employeurs, ces mêmes points constituent des zones de risque à auditer régulièrement. Une gestion rigoureuse des classifications, du temps de travail et de l'équité salariale permet de prévenir les contentieux et de sécuriser les pratiques de l'entreprise.
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