17.02.2026

Salarié déloyal : comment protéger votre entreprise grâce à la requête article 145 du CPC

Découvrez comment l'article 145 du Code de procédure civile permet aux employeurs de sécuriser des preuves face à un salarié déloyal, avant même toute action en justice.

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Salarié déloyal : comment protéger votre entreprise grâce à la requête sur le fondement de l'article 145 du CPC

La déloyauté d'un salarié peut prendre des formes multiples et causer des préjudices considérables à l'entreprise. Détournement de clientèle, vol de fichiers commerciaux, violation d'une clause de non-concurrence, travail pour un concurrent pendant le contrat de travail : autant de situations dans lesquelles l'employeur se retrouve souvent démuni, faute de preuves tangibles.

Or, dans le contentieux social, la preuve est la clé de tout. Sans éléments probants, même la faute la plus évidente reste difficile à sanctionner. C'est ici qu'intervient un outil juridique puissant mais encore méconnu de nombreux dirigeants : la requête fondée sur l'article 145 du Code de procédure civile.

Qu'est-ce que l'article 145 du Code de procédure civile ?

L'article 145 du CPC dispose que « s'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé ».

Concrètement, cet article permet à un employeur qui suspecte des agissements déloyaux de son salarié de demander au juge d'ordonner des mesures d'investigation avant même d'engager une procédure au fond. L'objectif est simple : sécuriser les preuves avant qu'elles ne disparaissent.

Quelles mesures peuvent être ordonnées ?

Les mesures d'instruction ordonnées sur le fondement de l'article 145 sont variées et s'adaptent à chaque situation. Parmi les plus fréquentes, on retrouve le constat d'huissier sur le poste de travail du salarié, la saisie de messageries professionnelles (e-mails, messageries instantanées), l'expertise informatique pour analyser l'activité numérique du salarié, ou encore la copie de fichiers et documents stockés sur les serveurs de l'entreprise ou sur des supports personnels utilisés dans un cadre professionnel.

Ces mesures sont ordonnées de manière non contradictoire dans le cadre d'une requête, ce qui signifie que le salarié n'en est pas informé au préalable. Cet effet de surprise est précisément ce qui garantit l'efficacité de la démarche : il empêche la destruction ou la dissimulation des preuves.

Dans quels cas recourir à la requête 145 ?

La requête sur le fondement de l'article 145 est particulièrement adaptée dans plusieurs situations concrètes. Lorsqu'un salarié détourne la clientèle de l'entreprise au profit d'une structure concurrente qu'il a créée ou qu'il s'apprête à créer, les preuves se trouvent généralement dans ses échanges électroniques et ses fichiers informatiques.

De même, en cas de violation d'une clause de non-concurrence, l'employeur doit démontrer que l'ancien salarié exerce effectivement une activité concurrente dans le périmètre géographique et temporel défini par la clause. Le constat d'huissier et la saisie de documents permettent d'établir cette preuve.

Le vol de fichiers commerciaux (bases de données clients, informations tarifaires, secrets d'affaires) est également un cas d'usage fréquent. Le salarié qui copie des données sensibles avant son départ laisse des traces numériques que l'expertise informatique permet de révéler.

Enfin, le dénigrement de l'entreprise auprès de clients, de fournisseurs ou sur les réseaux sociaux peut également justifier le recours à l'article 145 pour établir la réalité et l'ampleur des propos tenus.

Les conditions de recevabilité de la requête

Pour que la requête soit accueillie favorablement par le juge, l'employeur doit démontrer l'existence d'un motif légitime. Cela suppose de présenter des éléments de fait suffisamment précis et concordants permettant de caractériser la vraisemblance des agissements déloyaux.

Il ne s'agit pas de prouver la faute à ce stade, mais de justifier que les soupçons sont suffisamment sérieux pour justifier la mesure demandée. La jurisprudence exige également que les mesures sollicitées soient proportionnées et juridiquement admissibles.

La rédaction de la requête est un exercice technique qui nécessite une argumentation rigoureuse et une connaissance approfondie de la jurisprudence en la matière. Une requête mal rédigée ou insuffisamment motivée sera rejetée par le juge, privant l'employeur de toute possibilité de sécuriser les preuves.

Et si l'entreprise est visée par une requête 145 ?

L'article 145 ne profite pas qu'aux employeurs. Un salarié, un concurrent ou un ancien associé peut également déposer une requête visant l'entreprise. Dans ce cas, il est essentiel de réagir rapidement en envisageant une rétractation de l'ordonnance ou un appel, selon les circonstances.

La défense face à une requête 145 repose sur la contestation des conditions de recevabilité : absence de motif légitime, caractère disproportionné des mesures, atteinte à la vie privée ou au secret des affaires. L'accompagnement par un avocat spécialisé est ici indispensable.

L'approche du Cabinet Auron

Le Cabinet Auron accompagne les entreprises dans l'ensemble de cette démarche, tant en demande qu'en défense. De la rédaction de la requête à l'élaboration de la stratégie contentieuse, en passant par le suivi des opérations de constat ou d'expertise, le cabinet propose un accompagnement global et sur mesure.

L'objectif est clair : protéger le patrimoine de l'entreprise et s'assurer que les agissements déloyaux ne restent pas impunis, tout en respectant scrupuleusement les droits fondamentaux de chacun.

Auteur de l'article
Arnaud Sirven
Fondateur d'Auron Avocat

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